Weekly brief

TENDANCES DES HEDGE FUNDS APRÈS LES ÉLECTIONS AMÉRICAINES ET LES ANNONCES RELATIVES AUX VACCINS

Les marchés ont connu successivement deux événements susceptibles d'entraîner des changements. L'actualité chargée et volatile ne facilite pas la tâche des gérants actifs, pas plus que les tendances opposées pouvant caractériser les marchés. L'incertitude des élections américaines est pratiquement derrière nous, et les annonces relatives aux vaccins contre le Covid-19 laissent espérer voir bientôt la lumière au bout du tunnel. Mais la recrudescence des contaminations pourrait exiger la mise en place de nouvelles restrictions avant le déploiement d'un vaccin. D'ici là, certaines mesures auront peut-être été allégées, retirant de facto un certain élan au marché. Enfin, l'avenir de la politique américaine dépend encore du second tour des élections sénatoriales de Géorgie, qui aura lieu le 5 janvier. Découvrez ci-dessous comment les élections américaines et les annonces de vaccin ont influencé les hedge funds, et comment ces derniers ont réagi jusqu'à présent.

 

Les élections américaines ont entretenu le suspense. Même si les recours judiciaires et les recomptages ont peu de chances de modifier le résultat, Donald Trump pourrait chercher à galvaniser le camp républicain avant le second tour des élections sénatoriales en Géorgie. En accentuant la polarisation des forces politiques avant même l'entrée en fonction du nouveau gouvernement, le Président sortant pourrait donc aussi essayer de sauver son héritage. Bien que la possibilité d'une « vague bleue » ne puisse être écartée, un Congrès divisé implique des mesures de relance moins audacieuses que prévu, mais également un moindre déficit et moins d'incertitudes politiques. Un blocage du processus législatif paralyserait l'agenda politique intérieur, favorisant des actions de la part du pouvoir exécutif et une plus grande marge de manœuvre en matière de politique étrangère. Les perspectives d'importantes hausses d'impôts se dissiperaient alors, et les politiques envisagées dans les domaines du climat et de la santé seraient vidées de leur substance.

Un consensus se forme autour de l'idée d'un Congrès divisé : les taux s'ajustent à des perspectives de relance moins forte que prévu, tandis que le dollar et les marchés asiatiques anticipent un apaisement des querelles commerciales ainsi que des rotations surmontables dans les secteurs de la santé, des énergies propres et des technologies (du moins jusqu'aux annonces du vaccin). Ce scénario implique probablement un biais positif pour les actions, mais les investisseurs ne tarderont sans doute pas à se concentrer de nouveau sur les fondamentaux.

 

La lueur d'un vaccin au bout du tunnel de la pandémie. L'annonce par Pfizer/BioNTech d'un vaccin ayant atteint des taux d'efficacité de 90% dans les essais cliniques de dernière phase a fourni une poussée d'adrénaline aux marchés, alors que d'autres annonces devraient suivre de la part d'autres laboratoires. L'incertitude continue de régner quant à l'efficacité à grande échelle du produit, la part de la population qui en bénéficierait et le délai nécessaire à son déploiement au regard des contraintes techniques. Les réponses à ces questions vont déterminer la vitesse de normalisation des économies (probablement pas avant le second semestre 2021, et selon un rythme inégal en fonction des régions). D'ici là, l'économie mondiale demeure confrontée à la perspective d'un hiver difficile.

 

Quel impact sur les hedge funds ? Les hedge funds ont bien réagi aux deux situations. Grâce à un positionnement ayant justement anticipé le résultat, toutes les stratégies se sont inscrites en hausse après les élections américaines, tout particulièrement L/S Equity, Special Situation et Global Macro. L'annonce relative au vaccin a donné lieu à des rendements moins élevés et plus disparates. Les stratégies Special Situation et L/S Credit sont celles qui en ont le plus bénéficié (dopées davantage par leur bêta que par leur alpha), tandis que les gérants CTA ont été le plus à la peine, de même que certaines approches Global Macro. Les stratégies L/S Equity ont affiché des rendements très dispersés.  Pris par surprise, les gérants qui surpondéraient les valeurs de croissance et liées au télétravail au détriment des valeurs décotées et des grandes victimes du Covid-19 ont subi des pertes sévères, en particulier en Europe, où les actions des sociétés financières et des compagnies aériennes se sont envolées.

Les positions longues ont eu un effet positif, mais les positions courtes ont essuyé d'importants revers, mettant doublement à l'épreuve les stratégies Quant et Neutral.

 

Les portefeuilles ont-ils été ajustés ? Les gérants CTA n'ont pas particulièrement modifié leurs expositions et demeurent légèrement courts sur les actions des pays développés, mais ils ont renforcé leurs positions sur les actions émergentes en parallèle. Ils ont également maintenu leurs positions longues sur le dollar et les obligations. Les stratégies Global Macro avaient renforcé leurs expositions aux actions en octobre et les ont étoffées seulement dans des proportions modestes la semaine dernière. Elles sont actuellement en train de réduire leurs positions en obligations et demeurent légèrement longues sur l'USD. Les Hedge Funds investis en Chine et sur les marchés émergents avaient adopté des positionnements prudents à l'approche des élections américaines, mais ils renforcent maintenant leur exposition au risque. Les portefeuilles L/S Equity s'étaient déjà positionnés dans la perspective des élections américaines et n'ont pas opéré de grands changements depuis lors, d'autant que l'avenir des politiques budgétaires et fiscales demeure empreint d'incertitude. Leur réaction après l'annonce relative au vaccin a consisté à couvrir les positions courtes et à réduire les positions longues (ce qui a diminué leurs expositions brutes). Les gérants prévoient d'autres ajustements dans les portefeuilles en attendant de disposer de davantage de visibilité quant à une fin plus précoce que prévu de la pandémie.